"No hay porvenir sin Marx. Sin la memoria y sin la herencia de Marx: en todo caso de un cierto Marx: de su genio, de al menos uno de sus espíritus. Pues ésta será nuestra hipótesis o más bien nuestra toma de partido: hay más de uno, debe haber más de uno." — Jacques Derrida

21/5/14

À propos du livre de Nicos Poulantzas | L’état, le pouvoir, le socialisme

Antoine Artous  |  L’État, le Pouvoir, le Socialisme (LPS par la suite) de Nicos Poulantzas[1] vient d’étre republié. La première édition, qui date de 1978, fut le point d’arrivée d’un travail marxiste sur la théorie de l’État, amorcé dans Pouvoir politique et classes sociales (Maspero 1968), puis poursuivi dans Les Classes sociales dans le capitalisme d’aujourd’hui (Seuil 1974), qui traite également de l’internationalisation du capital et des classes sociales[2], et enfin La Crise de l’État (Puf, 1976), ouvrage qu’il dirigea. C’est aussi un livre très inscrit dans la conjoncture politique de l’époque, en particulier en ce qui concerne les débats sur le passage au socialisme. Souvent on classa alors Poulantzas parmi les « eurocommunistes de gauche », courants critiques au sein des partis communistes européens qui cherchaient à penser ce passage en fonction d’une dialectique entre une majorité parlementaire et le développement de mobilisations de masse et de comités ouvriers et populaires. Des courants similaires existaient au sein du PS (CERES) et de la CFDT. La LCR participa à ces débats, notamment à travers sa revue Critique communiste[3].

Dans la préface de cette nouvelle édition, Razmig Keucheyan fait de ce livre le point de passage ou le point de départ obligé d’une analyse de l’État capitaliste et d’une réflexion sur la transition au socialisme. Mon approche est plus critique, même si, m'étant confronté aux analyses de Poulantzas dès les années 1970, je ne sous-estime pas son apport, ni l’obligation dans laquelle il met ses lecteurs de
travailler sur l’État, point faible de la tradition marxiste[4]. Ma critique ne porte pas sur sa remise en cause de la thématique léniniste de la crise révolutionnaire et du double pouvoir, mais sur ses difficultés et limites dans l’analyse de l’État capitaliste. À juste titre, Poulantzas refuse toute approche instrumentale de l'État, d’en faire un objet manipulé par une classe dominante. Razmig Keucheyan parle d’une analyse de « l’État comme relation »; un « rapport social » écrit Bop Jessop dans la postface de cette édition. Encore faut-il spécifier ce rapport, comme le fait Marx parlant d'un « rapport de souveraineté et de dépendance ». De façon plus générale, soulignons que l’analyse relationnelle des rapports sociaux n’est en rien étrangère à Marx. Dans lesGrundrisse il écrit : « La société ne se compose pas d’individus, elle exprime la somme des relations, conditions, etc. dans laquelle se trouvent ces individus les uns par rapport aux autres. »[5]
Reste à rendre compte de la forme de cet État (sa forme d’objectivité sociale) en lien avec l’analyse des rapports de production capitalistes, comme – à juste titre – entend le faire Poulantzas. Mais, malgré ses efforts pour s’en dégager, il reste prisonnier des angles morts de la problématique d’Althusser : une certaine mécanique structurale et, plus encore, l’incapacité d’intégrer les rapports marchands dans l’analyse des rapports de production capitaliste. Or, précisément, le capital est un « rapport marchand d’exploitation », pour reprendre la caractérisation de Tran Hai Hac[6]. En conséquence, Poulantzas est incapable d’analyser la marchandise comme forme sociale et de traiter toutes les figures portées par les contradictions traversant ce rapport marchand d’exploitation, notamment celles du « travailleur libre » et de la citoyenneté et du droit moderne.

Dans le cadre de cet article, je me limiterai à quelques indications. Je commencerai par ce problème, en explicitant la catégorie de « rapport de souveraineté et de dépendance », tout en revenant sur l’analyse de Poulantzas, poursuivrai avec « l’étatisme autoritaire », pour terminer sur la transition au socialisme, les critiques de Poulantzas touchant à la thématique léniniste du double pouvoir, de la crise révolutionnaire et de la démocratie.

Un rapport de souveraineté et de dépendance

À propos de l’État moderne, la tradition marxiste s’est en permanence heurtée à problème. Alors que les écrits du jeune Marx (en particulier la Critique de la philosophie politique de Hegel et La Question juive) proposent des analyses pertinentes quant à la forme de l’État représentatif moderne, celles-ci ne s'articulent pas à l’analyse des rapports de production capitaliste. Certes, le concept de rapport de production n’existe pas alors chez Marx, mais ultérieurement, dans la période du Capital, il analysera ces rapports sans rien dire sur la forme d’État qui s’articule à lui.

Pour y voir plus clair, on peut prendre comme point de départ un passage de Marx dans les pages du Capital sur la « genèse de la rente foncière capitaliste » : « C’est toujours dans le rapport immédiat entre le propriétaire des moyens de production et le producteur direct (…) qu’il faut chercher (…) la forme politique que prend le rapport de souveraineté et de dépendance, bref, la forme spécifique que revêt l’État dans une période donnée. »[7] Et il précise que pour les sociétés dans lesquelles le producteur direct reste « le possesseur des moyens de production et des moyens de travail nécessaires pour ses propres moyens de subsistance, le rapport de propriété doit fatalement se manifester comme un rapport de maître à serviteur ; le producteur immédiat n’est donc pas libre », cette forme de domination étant variable. Dans d’autres textes, il traite, de façon souvent pertinente, des différentes formes d’État des sociétés précapitalistes. Ainsi, explique Marx dans Le Capital, dans la Cité antique l’État se confond avec les formes d’organisation de la Cité, et n’existe donc pas comme État politique séparé; et c’est la politique – et non l’économie – qui domine. En fait, la politique fonctionne comme rapport de production puisque c’est la citoyenneté qui donne accès au principal moyen de production qu'est la terre.[8]

Dans sa grande majorité la tradition marxiste – par exemple Lénine dans L’État et la révolution – ne s'est pas inspirée de cette problématique, mais de celle d’Engels dans L’Origine de la famille, de la propriété et de l’État. L’État y est présenté comme une institution produite par la société afin d’éviter sa dislocation sous l’effet des contradictions de classes. Elle est dotée de quatre attributs : répartition des individus selon un territoire, force publique, impôt et fonctionnaires placés au dessus de la société. En règle générale, la classe dominante économiquement s’empare de cet État et devient aussi la classe dominante politiquement. Non seulement Engels ne traite pas de la forme de l’État (ainsi caractérisé, il reste introuvable dans la Cité antique), mais son approche s'avère très instrumentale.

Quoiqu’il en soit, avec les rapports de production capitaliste on assiste à un double mouvement. D’une part, les travailleurs perdent non seulement la propriété mais aussi la maîtrise « technique » des moyens de production qui sont restructurés en « travailleur collectif » sous la férule du capital (le despotisme d’usine). D’autre part, les rapports marchands se généralisent, avec en particulier la marchandisation de la force de travail. Le rapport de souveraineté et de dépendance se dissocie alors en deux figures historiquement inédites : celle de la citoyenneté et du droit moderne, qui dit l’égalité et la liberté des individus hors de toute détermination sociale, et celle du travailleur parcellaire soumis au despotisme d’usine. Le travailleur parcellaire, c’est le membre d’un travailleur collectif construit non pas par une coopération directe entre producteurs, mais par le capital qui cristallise en son sein « les puissances intellectuelles de la production » (Marx). Il est possible, comme Poulantzas, de parler de division entre travail manuel et intellectuel, mais à condition de ne pas avoir une vision « naturaliste » du premier (ceux qui travaillent avec les mains), car il s’agit plutôt d’une division entre tâches de conception et tâches d’exécution.

C’est dans ce cadre que Marx introduit la figure du « travailleur libre », qui différencie radicalement le producteur moderne de l’esclave ou du serf. Certes, il est « libre » de tout moyen de production, obligé de vendre sa force de travail, mais il est aussi un échangiste équivalent aux autres échangistes. Donc – évidemment à travers des luttes – socialement saisi comme sujet du droit et de la citoyenneté moderne qui disent l’égalité et la liberté.

Cette structure des rapports de production capitalistes « donne également lieu quant aux rapports de l’État et de l’économie, à une séparation relative de l’État et de l’espace économique (accumulation du capital et production de la plus-value), séparation qui est à la base de l’ossature institutionnelle propre à l’État capitaliste », écrit Poulantzas dans LPS (p. 51). Il ne prend alors en compte que le premier mouvement, mais dès lors qu'on prend en charge les deux pour raisonner en termes de rapports marchands d’exploitation – et cela ne va pas sans conséquences sur l’ossature institutionnelle et les formes d’individuation –, cette approche de l’État capitaliste est pertinente. Entendu que, comme Poulantzas le dit lui-même, cela ne veut pas dire que la politique n’ait pas une présence constitutive dans les rapports de production. L’État a un « rapport polaire d’inclusion-exclusion » (Tran Hai Hac) avec ces rapports.
Cette séparation relative[9] a des conséquences « sociologiques » importantes. Dans les sociétés précapitalistes le groupe social exploiteur est toujours socialement congruent au rapport politique de domination, c’est pourquoi il ne fonctionne pas comme une classe au sens moderne du terme, car il est délimité par des statuts socio-politiques (hiérarchies, communautés etc.). Ce n’est pas le cas avec l’État capitaliste, formule au demeurant plus juste que celle d’État bourgeois. Dans le débat avec le marxiste britannique Ralph Miliband, qui a écrit L’État dans la société capitaliste (Maspero 1973), Poulantzas a raison de refuser parler d’État capitaliste sur la base d’une sociologie de ses dirigeants. Comme le dit le jeune Marx, c’est un « État politique séparé ».

Procès d’individualisation

« L’État capitaliste implique une atomisation et parcellisation du corps politique parce que l’on désigne comme ‘individus’, des personnes juridico-politiques et sujets de liberté », écrit Poulantzas dans LPS (p. 106). Cette volonté de rendre compte de la spécificité du sujet juridico-politique moderne le différencie d’Althusser, mais son analyse des rapports de production capitaliste le mène dès le départ dans des impasses. Dans un premier temps (in Pouvoir politique et classe sociale), comme il l’indique lui-même dans LPS, cette individualisation est présentée comme un effet d’isolement lié aux mécanismes de l’idéologie politico-juridique de l’État. Cela signifie traiter de la domination capitaliste sous seulement deux formes : la répression et l’inculcation idéologique. De plus, on ne voit pas très bien pourquoi l’État devrait, via l’idéologie, inculquer cette forme d’individualisation. Dans un second temps, (in Les Classes sociales dans le capitalisme aujourd’hui), Poulantzas critique le caractère unilatéral de la catégorie d’appareils idéologiques d’État théorisée par Althusser, expliquant que ceux-ci ne créent pas cette idéologie, et ne sont pas les seuls à produire/reproduire la légitimation des rapports de subordination. Il ajoute : « Quant aux rapports idéologiques capitalistes, les analyses de Marx concernant le fétichisme de la marchandise, qui se rapportent au procès de valorisation du capital, offrent un excellent exemple de la reproduction d’une idéologie qui déborde les appareils » (p. 29).

Il convient donc se tourner vers les rapports de production. Mais comme Poulantzas ne traite pas des rapports marchands, il perçoit le fétichisme comme une « simple apparence mystificatrice ». En fait, il ne prend pas en charge la théorie marxienne de la valeur. Pour lui, elle domine l’organisation du « procès immédiat de travail dans l’entreprise » (LPS p. 107). Or, Marx dit explicitement le contraire : dans ce procès immédiat, la production est organisée au préalable, mais sous la férule du capital, alors que la loi de la valeur suppose la médiation du marché et une forme sociale particulière du produit du travail : la marchandise.

Ainsi que le constate, durant les années 1920, le juriste soviétique E.B. Pasukanis, dans Le Capital la critique marxienne du sujet est immédiatement consécutive à l’analyse de la forme marchande : l’échange suivant la loi de la valeur se réalise sous forme du libre contrat. La forme du droit moderne (le sujet) est donc corrélée à la forme marchandise. Et « la victoire » du principe de la subjectivité juridique n’est pas « seulement un processus idéologique (…), mais plutôt un processus réel de transformation juridique des relations humaines »[10]. Ce pourquoi Pasukanis place le droit dans l’infrastructure. En fonction de cette approche, il est à l’époque l’un des rares à critiquer l’analyse de l’État qui est celle d’Engels, telle que rappelée plus haut. Celle-ci ne permet pas de comprendre pourquoi la domination politique de la bourgeoisie n’est plus, comme cela était le cas dans le passé pour les classes dominantes, une domination directe des bourgeois, mais se donne comme « pouvoir public ».

Poulantzas, qui rabat sans cesse les rapports de production sur le procès immédiat de production, ne peut rendre compte de la forme juridique moderne. Ainsi, pour lui, « la loi moderne incarne […] le cadre référentiel matériel du procès de travail. [Elle] institue les individus en sujets-personnes juridico-politiques » (p. 137). Mais on ne voit pas comment « l’imaginaire social » dont il parle dans les mêmes pages peut transformer la figure du travailleur parcellaire, simple appendice de la machine, en une figure opposée : le sujet politico-jurique moderne. Certaines questions sont donc récurrentes. Le seul élément nouveau apporté par LPS est la référence aux analyses de Foucault sur les « disciplines ». Poulantzas parle alors d’ « une technologie politique du corps » et présente ces « disciplines » comme la matrice essentielle de l’individualisation moderne. Dans Surveiller et punir (Gallimard, 1975) Michel Foucault présente les « disciplines » comme une nouvelle modalité d’application du pouvoir apparue entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. Ce sont des techniques de coercition qui s’exercent par un quadrillage systématique du temps, de l’espace et du mouvement des individus, en travaillant sur les corps et les attitudes corporelles. Il faut, explique Michel Foucault, les chercher derrière les discours sur le sujet juridique. Et pour lui la souveraineté est une catégorie archaïque, liée à la monarchie.

Il est vrai que Foucault, cela fut souvent souligné à l’époque, évoque les nouvelles formes de domination comme très proches de celles décrites par Marx dans Le Capital avec le despotisme d’usine. Elles sont produites par ce que Marx appelle la « soumission réelle du travail au capital », c’est-à-dire l’apparition de l’organisation proprement capitaliste de la production. Au demeurant les formes de domination et d’assujettissement structurées par la soumission réelle débordent largement « l’intérieur » de l’usine. On les retrouve notamment tout au long de la production/reproduction de la force de travail, l’État jouant ici une fonction structurante. Et, de la même façon que la division du travail dans l’entreprise se présente comme simple division technico-scientifique du travail, la bureaucratie étatique fonctionne comme une « hiérarchie de savoir », selon une formule du jeune Marx dans la Critique du droit politique hégélien, et non plus une hiérarchie basée sur des statuts socio-politiques. Max Weber aura des formules très proches de celle du jeune Marx : « L’administration bureaucratique signifie la domination en vertu du savoir »[11].
Reste que le sujet politico-juridique n’est pas un simple voile de fumée derrière lequel il faudrait chercher les normalisations « disciplinaires », mais une forme sociale bien réelle. Il existe donc des formes d’individualisation contradictoires – le sujet polititico-juridique et le travailleur parcellaire – qui expriment la dissociation du rapport de souveraineté et de dépendance dont j’ai parlé plus haut[12]. En revanche, pour Poulantzas, l’État capitaliste est un État despote qui reproduit, tel un immense duplicateur, le despotisme d’usine : « Les travailleurs directs ne sont libérés du sol que pour être quadrillés, dans les usines bien sûr, mais aussi dans les familles, au sens moderne, les écoles, les armées, les prisons, les territoires ».
Poulantzas parle de « matérialité institutionnelle de l’État ». La formule est pertinente, mais pour lui cette matérialité est tout entière structurée par la mise en œuvre des disciplines et ne porte aucune trace de la citoyenneté et du sujet juridique moderne. Par exemple, lisant LPS on ne comprend pas la place institutionnelle occupée par des assemblées élues au suffrage universel. Le livre n’en parle pas. La figure du travailleur libre et les contradictions que porte ce rapport social ont disparu. Le paradoxe est étonnant. Alors que Poulantzas insiste sur la nécessité de prendre en compte les contradictions jouant au sein de l’État capitaliste et de ses institutions, il se montre dans l'incapacité de mettre au jour au plan théorique l’une de ces principales contradictions internes.

L’étatisme autoritaire

La partie de LPS intitulée « Le déclin de la démocratie : l’étatisme autoritaire » occupe une place charnière. En effet, elle analyse l’émergence d’une nouvelle forme étatique, clairement distincte du totalitarisme et du fascisme (ou d’un processus de fascisation), et éclaire la conclusion du livre, « Vers un socialisme démocratique ». Cet « étatisme autoritaire » se caractérise par la place de plus en plus importante prise par l’exécutif et l’administration étatique, au regard des assemblées élues et de l’État, dans la reproduction/normalisation des rapports sociaux, et par le fait qu'elle est doublée d’un recul des formes de démocratie politique. Je suis d'accord avec cette analyse, qu'il reste à ajuster à la période actuelle. Avant d'y venir, je m'autorise, au risque de paraître polémique, un retour sur mon propre itinéraire politique et les débats des années 1970, lorsque Poulantzas a publié Fascisme et dictature (Maspero, 1970) et La crise des dictatures : Portugal, Grèce, Espagne (Maspero 1975).

À propos de ces deux livres, je renvoie aux articles critiques de Daniel Bensaïd écrits à l’époque et accessibles sur le net[13]. Selon Poulantzas, les analyses de Trotski sur le fascisme ne se distingueraient pas fondamentalement de celles de l’internationale stalinienne. Elles seraient marquées du sceau de l’« économisme », lequel, expliquait Althusser, est la déviation théorique permettant de rendre compte du stalinisme… Or, jusqu’à preuve du contraire, Trotski est le seul dirigeant communiste de l’entre-deux-guerres à avoir analysé, de façon pertinente, les caractéristiques nouvelles du fascisme, cela en lien avec une bataille décisive d’orientation politique face à la montée du nazisme en Allemagne. Et, même s’il n’a pas une réflexion sur l’État analogue à celle de Gramsci, c’est également l’un des seuls à s'être montrés capable de traiter de manière détaillée des transformations des régimes politiques en Europe de l’Ouest sous l’effet de la crise du parlementarisme et du développement des luttes de classes (notamment en systématisant la notion marxienne de bonapartisme).

En s’appuyant sur ces acquis – et alors que la gauche parlait souvent de « menace fasciste » –, la IVe Internationale a analysé l’arrivée de De Gaulle au pouvoir en 1958 comme un mouvement d’érection d’un « État fort », répondant aux nouvelles exigences du capital, lequel en France se met en place à travers un régime bonapartiste (le gaullisme). La Ligue communiste (puis la LCR) hérita de ce double cadre pour rendre compte de la crise du gaullisme dans l’après 1968 et, entre autres, critiquer ceux qui, à gauche ou dans l’extrême gauche (en particulier dans la nébuleuse maoïste), raisonnèrent en termes de fascisme ou de fascisation[14]. Le bonapartisme gaulliste ne survivra pas à Mai 1968, mais la Ve République, avec une dimension plus « présidentialiste », sera bien le cadre à travers lequel s'est structuré l’État fort français.
Ces zooms sur le passé opérés, l’important est de spécifier ces analyses sur l’étatisme autoritaire et l’État fort à la période actuelle. Par rapport aux années 1968, elle n’est pas seulement marquée par un renforcement de l’internationalisation du capital[15], mais a ouvert une nouvelle phase historique, notamment avec l’écroulement du bloc dit « socialiste ». Dans cette phase, cette internationalisation s’articule avec un redéploiement du capital dans l’espace mondial. Pour ce qui nous concerne ici, cela veut dire, non pas la disparition des États nationaux (elle n’est pas à l’ordre du jour), mais une crise des territoires politiques, laquelle prend des formes différentes selon les grandes régions mondiales.

En Europe de l’Ouest, l’étatisme autoritaire, lié à la construction d’une Europe politique néolibérale et insérée dans la mondialisation, est marqué par trois nouvelles caractéristiques. D’abord, l’administration étatique ou paraétatique, au niveau national et/ou européen, n’est pas seulement montée en puissance, elle gouverne de plus en plus à travers des liens directs avec les acteurs de ladite société civile : c’est la thématique de la « gouvernance ». Ensuite, on assiste à une crise d’identité politico-culturelle des États-nations qui redouble la crise sociale. Enfin, outre le renforcement des politiques « sécuritaires », se développe une ultra droite populiste, avec parfois des courants néo-fascistes.

Si l’on veut s’opposer au « déclin de la démocratie », pour reprendre la formule de Poulantzas, au nom de la souveraineté populaire, il faudrait discuter de la façon dont pour lui cette souveraineté est en général désignée comme « national-populaire ». En effet, s’il ignore la dialectique de l’énoncé de la citoyenneté, sa thématique de la souveraineté populaire est systématiquement indexée sur le « peuple-nation ». Cela demanderait de revenir sur l’histoire de l’articulation nation et souveraineté. Toutefois, aujourd’hui, il est indispensable – au moins pour les pays qui sont le cœur de l’Europe néolibérale – d’éviter tout discours « national-souverainiste-populaire ». Certes, les batailles dans le cadre national restent toujours essentielles, mais il faut directement les articuler avec une alternative de refondation sociale et démocratique de l’Europe.

Sur la « stratégie-modèle léniniste »

Dans sa conclusion, « Vers un socialisme démocratique », Poulantzas met fortement en cause la stratégie de Lénine selon laquelle « l’État doit être doit être détruit en bloc par une lutte frontale dans une situation de double pouvoir, remplacé-substitué par le deuxième pouvoir, les Soviets, pouvoir qui ne serait plus un État au sens propre, car il serait déjà un État en voie de dépérissement » (p. 348). Cette polarisation extrême entre deux pouvoirs ne peut durer et « la situation révolutionnaire » est elle-même réduite à une crise « d’effondrement de l’État » (p. 351). Poulantzas dit lui-même qu’il schématise à dessein pour montrer que « la ligne principale de Lénine ne fut pas originellement un quelconque étatisme autoritaire » (p. 349). Mais, pour les besoins de sa démonstration, il schématise aussi en martelant que la construction de ce nouveau pouvoir est posé en extériorité complète. Ainsi, dans un entretien dansCritique communiste (juin 1977), il soulignait que l’expérience portugaise du MFA montrait « qu’il n’y a pas du tout affrontement avec les milices populaires d’une part et l’armée bourgeoise de l’autre »[16]. C’était oublier que si la Révolution de 1917 s’est appuyée sur des milices populaires (gardes rouges), elle eût été impossible sans des fractures de masse au sein de l’armée portée par les soviets de soldats.

Plus important est l’oubli des débats qui surgirent dans l’Internationale communiste, au cours des années 1921-1922, quant à la nécessité de ne pas ériger la révolution russe en modèle[17]. Dès 1922, Radek, un dirigeant de l’IC connaissant bien l’Allemagne, établit une distinction entre l’Est (Russie) et l’Ouest. Du point de vue de l’orientation politique concrète, c’est Trotski qui alla le plus loin dans ses textes des années 1930 à propos de l’Allemagne. Sur la base de l’expérience passée, il distingue deux formes possibles du processus révolutionnaire. L’une voit l’effondrement rapide de l’État bourgeois et le surgissement des soviets (c’est le modèle russe). L’autre envisage un processus complexe, le développement d'un double pouvoir dans les entreprises au travers du contrôle ouvrier, susceptible de devancer considérablement la dualité de pouvoir dans le pays. En Allemagne, c’est l’hypothèse la plus probable, qui s’articule avec une stratégie plus générale que la IIIe internationale avait commencé à discuter dans les années 1920 : front unique, expériences de contrôle ouvrier, gouvernement ouvrier pouvant au départ prendre une forme parlementaire.

Certes, cette stratégie est une « application de la stratégie-modèle léniniste à des ‘situations concrètes différentes’, celles de l’Occident », comme l’écrit Poulantzas à propos de Gramsci (p. 354). Ce qui indique au passage que son appréciation à propos de ce dernier est plus pertinente que celles qui lui attribuent une stratégie historiquement nouvelle, permettant de penser le passage au socialisme hors de l’horizon d’Octobre 17. Ajoutons qu'en 1976, Christine Buci-Glucskmann, eurocommuniste de gauche et spécialiste de Gramsci, ne disait pas grand-chose de différent de l’hypothèse de Trotski à propos de l’Allemagne des années 1930 : « Aujourd’hui, la crise des dictatures (Portugal, Grèce, Espagne), comme la crise de l’État en France et en Italie, tendent à montrer que crise révolutionnaire et crise de l’État ne coïncident plus, du moins au départ, selon un modèle d’attaque frontale.[18] »
Tout cela montre qu’il ne faut pas confondre stratégie « léniniste » et modèle de la Révolution russe.

Démocratisation radicale

Deux questions pour conclure. La première – la plus importante, sous l’angle de l’analyse et du programme – concerne la place de la démocratie comme forme politique. Plus précisément de la démocratie moderne, appuyée une citoyenneté définie hors de toute détermination sociale ou autre (suffrage universel), et portée par la dialectique de « l’égaliberté », pour reprendre la formule d’Étienne Balibar. Marx en parle comme du moment de l’émancipation politique – pour laquelle le prolétariat doit se battre activement –, et de l’émergence d’un « État politique séparé ». Toutefois, avec la prise de pouvoir par la classe ouvrière l’État et la politique doivent dépérir avec la disparition des classes sociales. C’est cette perspective que Lénine réactive dans L’État et la révolution, en lien avec l’apparition des soviets. Dans les années 1970, la LCR s'inscrivait explicitement dans cette tradition, tout en la revisitant pour remettre en cause l’idée d’une stratégie fonctionnant comme décalque du modèle d’Octobre 1917. L’émergence du double pouvoir n’était pas pensée en extériorité radicale avec les institutions politiques existantes, mais la perspective était bien celle d’une démocratie basée sur les soviets ou conseils ouvriers. Reconnaissant le pluripartisme et dotée d’un droit de « transition », elle était présentée comme démocratie représentative, mais encastrée dans le socio-économique et ouvrant ainsi la voie au dépérissement de l’État.

La question n’est donc pas celle de la démocratie en général, mais de la forme politique portée par l’émancipation politique, l’égale citoyenneté qui doit être sans cesse réitérée et réactivée selon une problématique radicale de souveraineté populaire[19]. Poulantzas propose d’articuler la démocratie représentative classique avec des éléments de « démocratie directe », caractérisée par le mandat impératif et la révocabilité des élus. La démocratie directe est une formule polysémique. Elle peut désigner des consultations populaires directes au suffrage universel (référendum, votation…). Mais Poulantzas – en général plus rigoureux – semble en faire un synonyme de démocratie « d’assemblée générale à la base », excluant tout système de représentation. Souvent utilisée, la catégorie me semble peu pertinente pour ce qui nous concerne ici, sauf ponctuellement, comme cadre au travers duquel se structurent des mobilisations ou des grèves. D’autant que la révocabilité des élus doit concerner aussi les élus du suffrage universel, et que le mandat impératif rend impossible le fonctionnement de toute assemblée élue.

Le problème est plutôt celui de l’articulation des assemblées élues au suffrage universel avec des systèmes de représentation du « social », ou d’ensembles « socio-économiques », pour en quelque sorte instituer leurs présences conflictuelles au sein même du pouvoir politique. À vrai dire cela n’est pas nouveau dans l’histoire du mouvement ouvrier et populaire. Simplement, l’axe autour duquel pivote ce pouvoir politique est bien le suffrage universel porté par l’égalité citoyenne.

D’où la seconde question qui porte sur les catégories de double pouvoir et de crise révolutionnaire. Je parle ici des pays capitalistes « avancés », alors que mes propos sur l’émancipation politique ont valeur plus générale. S’il est difficile d’imaginer des processus importants de transformation sans basculement majoritaire au sein des institutions politiques, cela n’exclut pas, a priori, des formes de double pouvoir. Cela au sens général de batailles entre des centres de décision politique aux formes diverses, et non la simple opposition entre un « pouvoir populaire », structuré à la base, et le pouvoir politique institutionnel. Il en va de même pour la notion de crise révolutionnaire dès lors qu'on prend les définitions les plus générales qu’en donne Lénine : d'une part, la remise en cause d’une vision linéaire du développement des luttes de classes et l’existence de cycles de mobilisation, d’autre part, une crise générale, disons, de « gouvernance ».

En fait, ces deux dimensions sont liées par un présupposé : on voit difficilement comment éviter des moments de polarisation politique, au sens fort du terme. Ou alors – mais c’est une autre discussion –, on pense qu’une problématique d’émancipation peut contourner la question de l’État. À vrai dire, il est difficile de parler plus concrètement du sujet car dans la période historique présente (celle de la mondialisation néolibérale) « l’expérimentation sociale » n'apporte aucune indication. En fait, ces catégories ne sont pas fonctionnelles du point de vue stratégique, au sens où elles ne permettent pas de construire une stratégie dans la phase actuelle.

En revanche elles peuvent exprimer certaines différences dans l’analyse de l’État. Ainsi la formule de Poulantzas sur l’État comme « condensation matérielle d’un rapport de force entre les classes et fractions de classe » (LPS p. 191) est souvent reprise car elle permet de se démarquer d’une vision instrumentale de l’État. Ce qui est vrai. Reste qu'elle oublie que cette condensation est « partie intégrante de ces rapports (de classe) ou encore un élément décisif de leur constitution et des relations inégales, asymétriques, différentes, que les classes nouent entre elles », comme l'écrivait dès 1975 Jean-Marie Vincent [20].



[1] Nicos Poulantzas, L’État, le pouvoir, le socialisme, préface de Razmig Keucheyan, postface de Bop Jessop, Les Prairies ordinaires, 2013.
[2] Pour une discussion de l’ensemble des thèmes de ce livre, voir Jean-Marie Vincent, « Note critique sur Les classes sociales dans le capitalisme aujourd’hui…», Critique de l’économie politique, n° 19, janvier-mars 1975, en ligne sur le site : marx21.fr (rubrique « Figures »). J.-M. Vincent fait une critique pertinente des théorisations de Poulantzas sur la nouvelle petite bourgeoise salariée, en expliquant que la grande majorité des nouvelles couches salariées font partie du prolétariat, question importante que je n’aborde pas dans le présent article.
[3] Voir, entre autres, l’entretien d’Yvetot avec Jacques Julliard (CFDT) dans Critique communiste 8/9 octobre-septembre 1976, et celui d’Henri Weber avec Poulantzas dans le numéro16, juin 1977.
[4] Je renvoie à mon livre Marx, l’État et la politique (Syllepse 1999), dans lequel on trouvera une analyse critique de LPS.
[5] Marx Grundrisse, Pléiade, tome 2, p. 281.
[6] Tran Hai Hac, Relire « le Capital », éditions Pages deux, 2003, voir aussi Pierre Salama, Tran Hai Hac, Introduction à l’économie de Marx, La Découverte, 1992.
[7] Marx, Le Capital III.3, p. 171 et 172, Éditions sociales.
[8] Maurice Godelier, L’Idéel et le matériel, Fayard, 1984.
[9] Dans ses autres livres, Poulantzas parle en général d’autonomie relative (par rapport à l’économique), dans LPS la thématique de la séparation (typique du jeune Marx) semble dominer.
[10] Evgeny B. Pasukanis, La Théorie générale du droit et le marxisme, EDI 1970, p. 70. Pour une discussion sur les limites de Pasukanis, qui oublie l’État, voir Marx, l’État et la politique, o. c., p. 137 à 140.
[11] Max Weber, Histoire économique, Gallimard, 1991 p. 356.
[12] Voir mon livre Le fétichisme chez Marx (Syllepse 2006), ch. 4 : « La production des formes d’individuation : le sujet politico-jurique et le travailleur parcellaire ».
[13] Daniel Bensaïd « À propos de Fascisme et dictature : Poulantzas, la politique de l’ambiguïté », Critique de l’économie politique 11-12, avril-septembre 1973 ; « Notes de lecture sur La crise des dictatures : Portugal, Grèce, Espagne », Critique communiste, juin-juillet 1975. Site : danielbensaïd.org
[14] Voir, par exemple, le numéro spécial des Temps Modernes (n° 130 bis, 1972), « Nouveau fascisme et nouvelle démocratie ». Pour les analyses de la LCR voir Le Gaullisme et après ? État fort et fascisation, collectif, Maspero, 1974.
[15] Dans les années 1970, Poulantzas surestime l’hégémonie du capital américain sur le capital international, voir Jean-Marie Vincent, « Note critique » op.cit.
[16] Entretien avec Henri Weber, op.cit.
[17] Antoine Artous et Daniel Bensaïd, « À l’Ouest, questions de stratégie », Critique communiste « spécial Gramsci », 1987. Voir site danielbensaïd.org.
[18] Catherine Buci-Gluksmann, « Sur le concept de crise de l’État et son histoire », La crise de l’État, sous la direction de Nicos Poulantzas, Puf, 1976, p. 64.
[19] Je renvoie à mon livre Démocratie, citoyenneté, émancipation, Syllepse 2010.
[20] Jean-Marie Vincent « Note critique… », o.c.

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