"No hay porvenir sin Marx. Sin la memoria y sin la herencia de Marx: en todo caso de un cierto Marx: de su genio, de al menos uno de sus espíritus. Pues ésta será nuestra hipótesis o más bien nuestra toma de partido: hay más de uno, debe haber más de uno." — Jacques Derrida

16/3/16

Le marxisme est-il «eurocentrique»?

Karl Marx  ✆ Arton 
Lance Selfa   |   Beaucoup de gens qui militent aujourd’hui sont entrés en contact avec les idées marxistes pendant leurs études à l’université ou lors d’activités qui s’y déroulent ou encore dans des livres écrits par des universitaires. A travers ces canaux, certaines interprétations de Karl Marx et du marxisme ont acquis la force d’une espèce de sagesse conventionnelle. L’une de ces idées figées est que le marxisme serait « eurocentrique » et n’aurait donc pas grand-chose à apporter aux masses populaires du monde globalisé du 21e siècle. 

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Cette lecture du marxisme est virtuellement hégémonique dans certains milieux académiques. Par exemples, les professeurs d’études post-coloniales María do Mar Castro Varela et Nikita Dhawan soutiennent que Marx a défendu « un modèle eurocentrique de l’émancipation politique qui ignore constamment le vécu des sujets colonisés dans les sociétés non-occidentales » et aurait « échoué dans la tentative de développer son étude de l’Inde et de l’Afrique en une analyse exhaustive de l’impérialisme ». Pour ces auteurs, l’analyse de Marx a négligé « les groupes dépossédés de leurs droits tels que les peuples colonisés ».

Le grand auteur palestinien Edward Said soutenait pour sa part que les premiers écrits de Marx sur le rôle de l’Angleterre en Inde, rédigés en 1853, traduisent une vision raciste des colonisés, malgré la sympathie de Marx pour les sujets de l’Empire britannique. Said soutenait que « d’articles en articles, Marx réaffirma avec une conviction grandissante que, même en dévastant l’Inde, la Grande-Bretagne y rendait possible une véritable révolution sociale ».

Edward Said et Shlomo Avineri, un autre interprète de Marx largement lu dans les milieux académiques, expliquent que Marx n’aurait jamais dévié de cette position et l’aurait même défendue avec encore plus d’ardeur plus tard dans sa carrière.

Mais la vérité est exactement à l’opposé de ces affirmations : Marx a revu et rejeté ses premières interprétations, qui contenaient effectivement des éléments eurocentriques. Comme l’a montré Kevin B. Anderson dans son très bon livre « Marx at the Margins » (1), Marx a développé un vif intérêt pour les sociétés précapitalistes et a pris fait et cause pour la lutte des nations opprimées contre l’impérialisme et le colonialisme.

Et surtout, contrairement à ce qui est affirmé par Mar Castro Varela et Dhawan, Marx a réévalué son point de vue preque uniquement sous l’influence des luttes de « groupes dépossédés de leurs droits tels que les sujets coloniaux ».
A la recherche des racines de l’eurocentrisme
Que veulent dire ceux qui affirment que Marx et le marxisme sont eurocentriques ?

Au niveau le plus brut, on trouve des personnes qui reprochent à Marx et à Engels, son collaborateur de toute une vie, non pas tant ce qu’ils ont analysé et écrit que ce qu’ils étaient. Après tout, Marx et Engels étaient des mâles européens blancs du 19e siècle qui véhiculaient une série des préjugés de leur époque et de la société dans laquelle ils vivaient.

L’objection la plus sérieuse, qui se base sur la lecture du Manifeste Communiste de Marx et Engels et sur les écrits de 1853 de Marx sur l’Inde, est double.

Tout d’abord elle affirme que le marxisme repose sur une vision déterministe des changements sociaux et économiques, qui veut que chaque pays doit traverser les mêmes stades de développement économique. Le plus haut stade de développement capitaliste est le capitalisme industriel, qui n’existait que dans quelques pays européens à l’époque où Marx écrivait. Comme il est dit dans le Manifeste, le capitalisme « crée le monde à son image » : 
« De même que la bourgeoisie a soumis la campagne à la ville, les pays barbares ou demi-barbares aux pays civilisés, elle a subordonné les peuples de paysans aux peuples de bourgeois, l’Orient à l’Occident. » (2)
Puisque Marx et Engels pensaient que le socialisme devrait utiliser les capacités de production de la société industrielle, il s’en suivait que tout ce qui accélérait le développement du capitalisme et de son « fossoyeur », la classe ouvrière moderne, devait être accepté, si non pleinement justifié.

Ainsi, dans un article intitulé « La domination britannique en Inde », écrit en juin 1853, Marx écrivait ainsi que « l’Angleterre était motivée par les intérêts les plus abjects et agissait d’une façon stupide pour atteindre ses buts » mais qu’elle pourrait néanmoins avoir été « un instrument inconscient de l’Histoire en provoquant une révolution » dans la société indienne. (3) De la même manière, Engels avait au début accueilli positivement l’invasion du Mexique par les Etats-Unis en 1847 parce qu’elle pourrait permettre à cette société rurale sous-développée d’entrer en contact avec le système politiquement le plus démocratique et économiquement le plus dynamique qui existait à l’époque.

Deuxièmement, les critiques de l’eurocentrisme du marxisme affirment que Marx se focalisait sur la classe ouvrière européenne à l’exclusion des autres forces sociales, en particulier celles existant dans les pays colonisés et/ou en développement. C’est en quelque sorte une version particulière de la vieille critique selon laquelle « Le marxisme réduit tout aux classes sociales », et dans ce cas-ci, à la classe ouvrière blanche européenne.

Ainsi, alors que le Manifeste saluait la classe ouvrière moderne comme " fossoyeur " du capitalisme, les premiers écrits de Marx sur l’Inde et la Chine suggèraient que les Chinois étaient " timides " face à l’impérialisme britannique et que les Indiens avaient succombé à l’impérialisme parce que « la société indienne n’a pas d’histoire du tout, du moins pas d’histoire connue. Ce que nous appelons son histoire n’est que l’histoire des envahisseurs successifs qui fondèrent leurs empires sur la base passive de cette société immuable et sans résistance". (4)
Une perspective qui a profondément changé
Si tout ce que Marx avait écrit à propos du capitalisme, de l’impérialisme et des sociétés non-occidentales se résumait à cela, le label d’eurocentriste serait justifié. Cependant, ce n’est pas le cas.

Même dans les articles les plus souvent critiqués – dans lesquels Marx n’hésitait d’ailleurs pas à faire référence aux Britanniques en utilisant des termes tels que « barbares » et « chiens » - on peut voir la dialectique de sa méthode à l’œuvre : le capitalisme peut apporter la modernité des transports et des moyens de communication, mais au prix d’immenses souffrances humaines. Dans un nouvel article, paru à peine un mois plus tard et intitulé « Les résultats éventuels de la domination britannique en Inde », il anticipe le développement d’un mouvement de libération nationale indien pour en finir avec « le joug britannique ». En l’espace de quelques mois en 1853, Marx a évolué d’une vision de l’Inde comme société sans histoire à une vision d’une société capable de produire une révolte anticoloniale.

Ensuite, quatre ans plus tard, la perspective de Marx sur le rôle de l’Angleterre en Inde a subi une transformation supplémentaire, et pas à cause de ce qu’il aurait lu dans des bibliothèques.

Elle change surtout à cause de la « révolte des Cipayes » en 1857, une révolte anticoloniale qui trouve sa base dans les soldats indiens de la colonie britannique. Marx s’est enthousiasmé pour ce soulèvement et a voulu trouver tout ce qu’il était possible d’apprendre sur le sujet.

Bien que les Britanniques aient finalement écrasé la révolte, Marx a pointé le « châtiment historique » que représente le fait que l’opposition à la colonisation ait émergé parmi des soldats que les colonisateurs avaient eux-mêmes armés et formés. De la même manière que le capitalisme créait ses propres fossoyeurs à travers la classe ouvrière, le colonialisme créait ses propres fossoyeurs dans les colonies. Marx en vint à la conclusion qu’en ce qui concerne la classe ouvrière britannique, « l’Inde est notre meilleur allié », parce que la révolte dans les colonies et le combat des travailleurs en Angleterre s’opposaient à un même ennemi, la classe dominante britannique.

La perspective internationaliste dans laquelle la classe ouvrière européenne devait être solidaire des luttes légitimes de libération nationale a irrigué la principale activité politique de Marx dans les années 1860 : l’organisation de la Première Internationale des groupes et partis ouvriers et socialistes. Bien qu’elle se soit construite essentiellement sur des organisations en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, l’Internationale s’est largement développée à travers des campagnes de solidarité internationale avec la lutte contre l’esclavage aux Etats-Unis et les combats pour l’indépendance nationale de la Pologne et de l’Irlande.

Dans sa déclaration inaugurale aux délégués qui ont formé l’Internationale en 1864, Marx a cité toutes ces luttes en arguant que la classe ouvrière (européenne) devait développer sa propre « politique étrangère ». En d’autres termes, Marx défendait le fait que la classe ouvrière européenne ne devait pas être « eurocentrique ». Elle devait soutenir les luttes des opprimés et des exploités de par le monde car « une telle politique étrangère fait partie de la lutte générale pour l’émancipation de la classe ouvrière », selon Marx.
Avec le Nord dans la lutte contre l’esclavage
C’était là une question centrale à l’époque de l’Internationale, à cause de la guerre civile américaine. De larges secteurs de la classe dirigeante britannique, dont beaucoup de dirigeants politiques, voulaient intervenir dans cette guerre aux côtés des Confédérés (les Sudistes, partisans du maintien de l’esclavage - NdT) à cause du besoin qu’avait la Grande-Bretagne du coton du Sud.

Pourtant, dès le début de la guerre civile, Marx et Engels ont soutenu le Nord et ont appelé à des mesures révolutionnaires pour abolir l’esclavage. Les partisans de la Première Internationale aux Etats Unis, essentiellement de nombreux immigrés allemands, se sont engagés comme soldats ou ont servi comme officiers dans l’armée de l’Union.

Marx a accueilli positivement les tentatives du Nord pour progresser vers l’émancipation et a insisté sur l’urgence qu’il y avait à armer les anciens esclaves pour qu’ils puissent se battre pour leur propre libération : « Ces Nègres émancipés peuvent être organisés militairement et envoyés sur les champs de bataille contre le Sud » écrivait-il. Marx a écrit aussi sur l’effet psychologique dévastateur que des régiments noirs auraient sur le moral des troupes sudistes. Et, au passage, dans ses écrits sur la guerre civile, il a rejeté également les premières positions défendues par Engels sur le Mexique. Plutôt que de percevoir la guerre du Texas de 1830 comme une avancée des progrès capitalistes, il l’a caractérisée comme faisant partie de la politique expansionniste des esclavagistes sudistes.

Des dirigeants syndicaux anglais, qui aidèrent plus tard à la formation de l’Internationale, ont organisé des manifestations afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il n’intervienne pas aux côtés du Sud. Les syndicats anglais ont soutenu l’Union, malgré lle coût élevé pour leurs membres en termes de pertes d’emploi suite au blocus imposé par le Nord sur l’exportation du coton du Sud.

Comme l’a écrit Marx : 
« La classe ouvrière est … tout à fait consciente que le gouvernement n’attend qu’un appel à l’intervention venant d’en bas pour mettre fin au blocus américain et à la détresse de l’Angleterre. Dans ces circonstances, l’obstination avec laquelle la classe ouvrière garde le silence ou ne brise ce silence que pour élever la voix contre l’intervention, est admirable. »
Lorsque le Président Abraham Lincoln a été réélu en 1864, quelques mois seulement avant la victoire du Nord sur le Sud, l’Internationale a publié une déclaration écrite par Marx à l’intention du peuple américain : 
« Tant que les travailleurs, le véritable pouvoir politique du Nord permirent à l’esclavage de souiller leur propre République ; tant qu’ils se glorifièrent de jouir - par rapport aux Noirs qui, avaient un maître et étaient vendus sans être consultés - du privilège d’être libres de se vendre eux-mêmes et de choisir leur patron, ils furent incapables de combattre pour la véritable émancipation du travail ou d’appuyer la lutte émancipatrice de leurs frères européens. Les ouvriers d’Europe sont persuadés que si la guerre d’Indépendance américaine a inauguré l’époque nouvelle de l’essor des classes bourgeoises, la guerre anti-esclavagiste américaine a inauguré l’époque nouvelle de l’essor des classes ouvrières. » (5)
Par ces quelques phrases, Marx condamnait le racisme et l’esclavage et montrait comment l’un et l’autre avaient distordu le développement de la conscience de classe des travailleurs aux Etat-Unis. Et il se projetait dans une période qui verrait la lutte de classe s’inspirer de la lutte contre l’esclavage. Pour ceux qui continuent à penser que Marx n’a pas grand-chose à dire sur l’intersectionnalité entre race et classe, ce n’est qu’un des exemples d’analyse qui font typiquement partie de ses écrits et de ses activités politiques à l’époque de sa maturité.
Avec la Pologne et l’Irlande pour leur libération
De nos jours, on considère que les Polonais et les Irlandais sont blancs et européens. Mais à l’époque de Marx, ces deux nations étaient colonisées et leurs populations faisaient l’objet d’un mépris raciste. Pour beaucoup de révolutionnaires européens à la moitié du 19e siècle, la cause de l’indépendance de la Pologne - en opposition à la volonté de l’Allemagne et de la Russie de supprimer celle-ci - représentait un test décisif de l’engagement pour la cause de la liberté et de la démocratie. Marx et Engels ont passé ce test avec succès tout au long de leur vie militante.

Après s’être tous les deux expatriés en Angleterre, la cause de la libération de la plus ancienne colonie anglaise, l’Irlande, s’est emparée d’eux. Marx et Engels se sont exprimés en faveur de la lutte des Irlandais pour la liberté, à la fois en public et à l’intérieur de l’Internationale. Ils ont aussi développé une compréhension sophistiquée du rôle que jouait l’Irlande, tant dans le maintien de l’aristocratie foncière en Angleterre que comme pourvoyeuse de millions de travailleurs, bon marché et criminalisés, pour les centres industriels de Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

Enfin, c’est Marx qui a analysé tout particulièrement le rôle de la classe ouvrière irlandaise comme sous-section opprimée de la classe ouvrière anglaise. Le racisme de la classe ouvrière anglaise envers les Irlandais, a écrit Marx, « est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste, et celle-ci en est parfaitement consciente. » (6) A de nombreuses reprises, Marx a fait l’analogie entre l’antagonisme entre les travailleurs anglais et irlandais et celui entre les Blancs pauvres et les Noirs aux Etats-Unis.

Cette analyse reflétait le point de vue de Marx, mais contrairement à ses positions à propos de la Pologne et de la guerre civile américaine, elle n’a pas été nécessairement acceptée au sein de l’Internationale, surtout parmi les dirigeants syndicaux anglais. Pour nombre d’entre eux, il était vraisemblablement plus facile de dénoncer l’oppression aux Etats-Unis et en Pologne que dans leur propre pays.

Réfléchissant à cela, Marx a écrit à Engels en 1869, 
« Pendant longtemps j’ai cru qu’il serait possible de renverser le régime en Irlande grâce à l’ascendant de la classe ouvrière anglaise. J’ai toujours défendu ce point de vue dans le New York Tribune. Des études plus approfondies m’ont convaincu du contraire. La classe ouvrière anglaise n’accomplira jamais rien tant qu’elle ne se sera pas débarrassée de l’Irlande. Le levier doit être actionné en Irlande. C’est pour cela que la question irlandaise est si importante pour le mouvement social dans son ensemble. »
Cette déclaration réfute clairement l’idée selon laquelle Marx concevait l’émergence du changement social comme étant le seul fait de la classe ouvrière des pays industriellement développés. Marx n’a pas pour autant remplacé l’idée d’une révolution de la classe ouvrière par celle d’une révolution paysanne anticoloniale, mais il a reconnu le lien dialectique entre les deux.

Ce lien s’est vérifié à de nombreuses reprises tout au long des années, comme, pour ne prendre qu’un exemple, lorsque les mouvements de libération nationale dans les colonies portugaises en Afrique ont fourni l’étincelle pour une révolution au Portugal en 1974/75.
Une évolution particulière et non un modèle universel
Venons-en maintenant à l’autre élément avancé contre l’eurocentrisme supposé de Marx : l’idée selon laquelle Marx considérait que toutes les sociétés devaient passer par les mêmes stades sur le chemin menant au plus haut niveau de développement, incarné par l’Europe du Nord-Ouest de son époque.

En fait, son études et son militantisme politique ont conduit Marx à mettre l’accent sur des aspects différents lors des discussions sur le développement économique et historique. Le plaidoyer du Manifeste Communiste en faveur du marché mondial conquérant des années 1840 a cédé le pas à une compréhension plus critique de la manière dont le capitalisme continuait à se développer.

Son militantisme et ses recherches ont convaincu Marx du fait que le capitalisme industriel était moins le produit d’une bourgeoisie « héroïque » que celui d’un système d’oppression et d’exploitation profondément entrelacé avec l’esclavage, le colonialisme et l’impérialisme. On peut le voir clairement dans ses travaux plus « mûrs », en ce compris les trois volumes du Capital et son carnet de notes économiques, connu sous le nom de Grundrisse. Comme Marx l’a écrit dans le premier volume du Capital : 
« La découverte de l’or et de l’argent en Amérique ; l’extirpation, l’asservissement et l’enterrement dans les mines de la population aborigène ; le commencement de la conquête et du pillage des Indes orientales ; la transformation de l’Afrique en un parc réservé à la chasse commerciale de peaux noires, marquèrent la rose aurore de l’ère de la production capitaliste [moderne]. » (7)
Et comme l’a fait remarqué Kevin Anderson, l’édition française du Capital montre que Marx concevait son explication du développement du capitalisme en Europe Occidentale comme étant limitée à cette région, et non pas comme un modèle général applicable à toutes les sociétés de toutes les époques. Marx a développé une conception toujours plus « multi-linéaire » de la manière dont le capitalisme se développait. L’histoire du système dans des pays aussi différents que les USA, la Chine ou le Brésil devrait montrer que Marx a ouvert une piste intéressante.

Vers la fin de sa vie, Marx s’est embarqué dans une étude intensive des sociétés rurales et paysannes, pour la plupart non-européennes, afin de découvrir des « structures communautaires » pouvant participer à des transformations socialistes. Sans doute à l’insu de beaucoup de ceux qui le critiquent, Marx a rempli des milliers de pages de cahier avec des études sur l’Indonésie, l’Inde, le Maroc, le Mexique et le Pérou, ainsi que sur les Premières Nations en Amérique du Nord .

En 1881, Marx a entretenu une correspondance avec des socialistes russes, débattant avec eux de la nécessité d’une « révolution russe » pour sauver l’organisation communautaire de la société paysanne, qui pourrait alors devenir un « élément de régénération dans la société russe et un élément de supériorité sur les pays tenus en esclavage par le système capitaliste ». Mais, affirmait Marx, une révolution russe dont la base sociale serait paysanne ne pourrait survivre qu’avec l’assistance de technologies plus développées et le soutien du mouvement ouvrier de l’Europe Occidentale, anticipant ainsi de plusieurs décennies les événements de 1917 et d’après.

Pour les critiques de Marx, son « eurocentrisme » est surtout démontrable sur base de textes qu’Engels et lui ont écrit entre 1847 et 1853. Mais le problème de ces critiques est que
Marx a été politiquement actif et a continué ses recherches pendant encore trois décennies après 1853.

Dès lors, quel est le véritable marxisme ? Quelques morceaux choisis sur lesquels les critiques de l’« eurocentrisme » de Marx ont construit leur thèse ou le vaste choix des travaux de celui-ci qui réfutent cette thèse ?

Divers articles de Marx consacrés à la question du colonialisme – dont les deux articles sur l’Inde évoqués dans cet article – ont été réunis dans un petit livre très intéressant « Du colonialisme en Asie : Inde, perse, Afghanistan » par Karl Marx et Friedrich Engels (Mille et Une Nuits, Petite Collection n°372, Paris, 2002, 2,50 EUR)
Notes
1. « Marx at the Margins : On Nationalism, Ethnicity, and Non-Western Societies » (University of Chicago, 2010, 336 pages). Kevin B . Anderson est professeur de sociologie et de sciences politiques à l’université de Californie Santa Barbara.
3. « La domination britannique en Inde », 10 juin 1853
4. « Les résultats éventuels de la domination britannique en Inde », 20 juillet 1853

Traduction et intertitres : Sylvia Nerina
http://socialistworker.org/
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Carmen Bohórquez: István Mészáros, ahora y siempre — Red 58
István Mészáros: Reflexiones sobre la Nueva Internacional — Rebelión
Ricardo Antunes: Sobre "Más allá del capital", de István Mészáros — Herramienta
Francisco Farina: Hasta la Victoria: István Mészáros — Marcha
István Mészáros in memoriam : Capitalism and Ecological Destruction — Climate & Capitalism.us